Bruno
Riou, Le Progrès, samedi 29 janvier 2000
Même
les " savants " du CNRS s'extasient à EbulliScience
Jacques
Duran, spécialiste mondial de la physique granulaire, est venu
à EbulliScience. Les expériences les plus simples, accessibles
aux enfants, rejoignent ses travaux scientifiques de recherche.
Un soutien de plus pour EbulliScience en passe d'essaimer.
Jacques
Duran directeur de recherche au CNRS et spécialiste mondial de
la physique des sables, poudres et granulats est resté une demi-heure
devant des bocaux de confiture remplis à des niveaux différents
et qui refusent de rouler comme on le prévoit.
Le
maître incontesté de la physique granulaire s'est questionné tout
comme le font les enfants en visite à ÉbulliScience et a immédiatement
apporté sa " bénédiction " à la démarche soutenue par toute l'équipe
d'Henri Latreille : " Je vais peut-être fâcher quelques scientifiques,
mais l'intuition est intelligente... développer le sens de l'observation,
du respect de l'événement, c'est déjà tuer l'idée qu'une question
n'a qu'une réponse ! Vous avez raison ! "
Sur
la page de garde de son ouvrage scientifique consacré au sable
et préfacé par Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de Physique
(1991), l'année précédant Charpack ), Jacques Duran a signé une
dédicace toute spéciale pour Henri Latreille " Pour d'autres découvertes
partagées... avec d'autres ".
C'est
donc un convaincu de la transmission de la démarche scientifique
qui, entre trois conférences de très haut niveau dans la région,
a trouvé plus d'une demi-journée pour venir à ÉbulliScience, observer
ce qui s'y passe : "Toute ma carrière a été conditionnée par ces
heures que j'ai passées au Palais de la Découverte à Paris, devant
le pendule de Foucault ou à manier des palans... je retrouve cette
curiosité ici et j'en suis profondément heureux !"
Mais cette visite n'a pas qu'une découverte de plus, c'est aussi
l'occasion de se mettre à une table de travail avec l'équipe d'Henri
Latreille pour concevoir de nouvelles expériences à livrer au
public, avant de se retrouver à une autre table, celle de " Canelle
et Piment " pour des expériences cette fois... gustatives !
Le
monde comme laboratoire
La
veille, toujours entre deux conférences, Jacques Duran avait été
dans l'usine Rhodia de Décines voir quelques applications : "
C'est fou ! En trois heures, j'ai trouvé une vingtaine de sujets
de thèses tant la physique des poudres, sables et granulats manque
encore de modélisation ! Ce n'est pas un solide... ce n'est pas
un liquide... alors lorsqu'il se passe quelque chose dans un réacteur,
d'autant plus qu'interviennent des phénomènes de chaleur tout
se complique ! "
On
l'aura compris, Jacques Duran est un scientifique qui a le monde
comme laboratoire. Bien loin de l'image d'Épinal du " chercheur
" dans son antre retiré, il est de ceux qui pensent que le mot
science ne doit jamais être mis au pluriel pour ne pas découper
artificiellement en tranches ce qui n'est que le fruit du raisonnement.
Et
comme tout raisonnement s'appuie d'abord sur l'observation et
les questions, c'est aussi de science humaine dont il a été question
lors des discussions à bâtons rompus. Parce qu'apprendre à regarder,
à élaborer des hypothèses, à les vérifier, à se remettre en cause,
à réfléchir en groupe... ce n'est pas que de la science, mais
aussi l'apprentissage de la vie en société.
C'est
aussi - et presque surtout - la démarche d'ÉbulliScience qui,
après le " laboratoire " de Vaulx-en-Velin est en passe d'essaimer
: la semaine prochaine, une délégation de la ville d'Épinal vient
en visite. Histoire de reproduire un concept qui a fait ses preuves
et qui bénéficie d'un important soutien, y compris des plus hautes
sphères du monde scientifique.